Divagation · Atelier
L’information est un jeu d’équilibriste
Ce manuscrit — comme n’importe quel ouvrage — est un bel exemple de l’exercice incertain qu’est la communication.
Rendez-vous compte que toutes les pages de ce compilé pourraient tenir dans un petit index de cinq pages.
Peut-être moins.
Compressées jusqu’à leur essence strictement utile.
Mais je doute que cela soit plus compréhensible — sauf, peut-être, pour des lecteurs très motivés.
Et ces derniers ne passeraient probablement pas moins de temps à décoder ce que j’ai voulu exprimer.
Ce que nous gagnons en pages, nous le perdons en lisibilité.
C’est le cœur même de la théorie de l’information.
Et, de manière peut-être surprenante, ce problème s’applique directement à la musique.
Avant d’y revenir, prenons un exemple volontairement non musical.
Un exemple simple (en apparence) §
Si je vous donne un mot de passe :
ABBACABBADABBACABBAABBACABBADABBACABBAABBACABBADABBACABBAABBACABBADABBACABBAABBACABBADABBACABBAABBACABBADABBACABBAABBACABBAEABBACABBAABBACABBAEABBACABBA
Et que vous ne disposiez que d’un très petit carnet de notes —
ou d’une mémoire très limitée (comme moi) —
vous pourriez être tenté de le résumer.
Niveau 1 — Répétition de blocs §
(ABBACABBADABBACABBA)⁶ (ABBACABBAEABBACABBA)²
Niveau 2 — Motifs internes §
((ABBA)C(ABBA)D(ABBA)C(ABBA))⁶
((ABBA)C(ABBA)E(ABBA)C(ABBA))²
Niveau 3 — Dictionnaire §
X = ABBA
(XCXDXCX)⁶ (XCXEXCX)²
Niveau 4 — Hiérarchie §
X = ABBA
Y = X C X D X C X
Z = X C X E X C X
Y⁶ Z²
On constate que la quantité d’information à écrire — et à retenir — diminue.
Mais, honnêtement, combien de temps avez-vous perdu à décoder chacune de ces étapes ?
La concision d’un propos est souvent incompatible avec sa lisibilité.
C’est contre-intuitif, mais bien réel.
À continuer.