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l’école du loup(s)

Concept · 03

Les modèles, encore des modèles…

~4 min de lecturerévisé le 2026-09-20

Si je remercie la science pour une chose,
c’est de m’avoir appris à porter à la fois distance et respect aux modèles.

Aucun modèle n’est juste.
Certains sont faux.
Jamais ils ne sont exhaustifs,
et les plus complets peuvent être vides.

Ce ne sont pas des cadres religieux destinés à faire tourner correctement le monde,
mais des visions qui tentent de le décrire —
et dont une part lui échappera toujours.

Ne les rejetez pas pour autant.
Il s’agit peut-être de ce que l’être humain a produit de plus beau :
une tentative fonctionnelle d’expliquer ce qui nous échappe
et lui donner du sens,
avec tout ce que cela implique d’humilité et de force pour notre espèce.

Mais n’ayez pas peur du blasphème.
De la critique,
de la mise à l’épreuve,
d’en chercher les limites et les contradictions.

Et si un modèle force parfois à un dogmatisme quasi religieux,
poussons la métaphore jusqu’au bout :
un dieu ne se tue pas.
Un jour, il ne trouve simplement plus de fidèles.
Il ne disparaît pas :
il se remplace,
puis se fait oublier.

« Un paradigme meurt rarement parce qu’il est réfuté,
mais parce qu’une génération disparaît. »

— Thomas Kuhn


Faut-il théoriser la musique ? §

Dans ce cas, peu nous importent les modèles.
Nous pouvons faire sans
et les reléguer au rang des fétiches.

Pourquoi, après ce constat,
aurions-nous encore besoin de modèles ?

« All models are wrong, but some are useful. »
— George E. P. Box

Faut-il vraiment théoriser la musique ?
Est-ce nécessaire ?
La question est légitime.
Pourquoi nous infliger ce cadre ? La question est légitime.

La vérité est contre-intuitive :
nous ne pouvons pas être dépossédés de modèles.

Même lorsque nous pensons nous en passer,
nous opérons avec un modèle intuitif,
construit au fil de la vie,
par le parcours, l’écoute et l’expérience.

Ne pas avoir de modèle de pensée
est comme vouloir ne penser à rien.
C’est impossible, jusque dans les termes.

Et ce modèle intuitif, non exposé, personnel
ne peut être réellement
discuté, confronté, amélioré.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit :
nourrir et faire évoluer son modèle interne.

Certaines personnes ont développé leurs propres instincts.
Et ces instincts fonctionnent,
sans théorie explicite.
C’est une réalité.

Il serait naïf de penser
qu’elles n’ont rien appris
ou qu’elles n’ont pas fait mûrir
leurs constructions internes.

D’autres ont besoin d’un cadre pour avancer :
un point de départ fonctionnel,
un début de sentier,
qu’elles finiront peut-être par transgresser —
meilleur signe d’appropriation possible.

Mais lorsque ces personnes se rencontrent,
comment discutent-elles ?

Nous n’avons pas encore la technologie
pour extraire nos modèles de pensée,
les comparer directement,
les affiner
et obtenir des retours immédiats.

C’est là que les modèles théoriques apparaissent,
remis à leur juste place :
comme base de dialogue,
comme langage commun,
comme grammaire de pensée.

Discuter de musique,
comprendre,
partager,
repousser les limites,
les mettre à l’épreuve,
et jouer.

Voilà pourquoi existent les modèles.

Et je vais me risquer à un avis :
partager la musique,
ce n’est pas seulement faire des notes.
C’est aussi parler musique,
débattre musique,
chercher la musique,
autant que possible.


Une note sur les types d’apprenissages §

Je fais aussi cet aparté pour les différents profils d’apprentissage.

Je ne m’essaierai pas à de la psychologie amateur :
je ne saurais pas par où commencer.

Je dirai simplement ceci :
nous apprenons tous différemment
et pensons tous différemment.

Certains voient un problème comme un ensemble, d’autre comme une suite de partie. Des pratiquant doivent commencer par les bases, d’autres ont besoin d’un aperçu de l’objet finis. Pour des praticien les cadres sont nécessaier et leurs permettent d’évoluer sur une base, pour d’autre ils ne sont des obstacle avec lequel il faut malgré tout composer.

Ne prenez pas une voie parce qu’un musicien que vous admirez
l’a empruntée avec succès.

Cherchez ce qui fait sens pour vous,
sans vous fermer à quoi que ce soit.

Lisez ce qui vous attire.
Essayez les gammes,
les concepts,
même les plus étranges.

Et si rien ne vous parle :
jouez,
jouez encore,
et encore.

C’est votre modèle à vous qui est en construction, et il s’agit de l’essence même de votre musique