Aller au contenu
l’école du loup(s)

Cours · 09

Qui peut le moins…

~7 min de lecturerévisé le 2026-09-20

Jusqu’ici, nous avons surtout abordé des exercices de type cas d’école,
plutôt que de véritables routines d’amélioration.

Comment travailler votre perception de cette grille de lecture (RIH),
mais aussi votre exécution, notamment en contexte improvisé ?

Une bonne méthode, et une base de travail solide, consiste à utiliser
ce que l’on appelle une backing track.

Une backing track est une musique
à la structure prévisible, avec de l’espace
(instrument manquant ou volontairement discret),
afin que vous puissiez venir le remplir.

Nous allons nous servir de cette base pour travailler l’improvisation.

Il s’agit ici de faire un pas de la théorie vers la pratique,
tout en pouvant s’exercer seul —
même si cela restera toujours inférieur, en termes d’apport,
au jeu avec d’autres musiciens.

En route ! §

Pour les débutants en improvisation, voici une liste de notes que vous pouvez jouer.
Ne cherchez pas toutes les occurrences sur votre manche :
cinq suffiront.

Retenez-les, prenez votre temps.
L’important, ici, n’est pas la mémorisation.

Notes autorisées sur votre manche :
        3     4     5     6     7     8
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |      
Si (B) | --  | --  | MI  | --  | --  | --  |
Sol(G) | --  | SI  | DO  | --  | RÉ  | --  |
Ré (D) | --  | --  | --  | --  | LA  | --  |
La (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |

Pour ceux qui souhaitent aborder cet exercice avec plus de liberté,
sous toutes ses variantes,
il s’agit simplement d’une gamme de la mineur.
Vous pouvez choisir dès maintenant cinq autres notes de votre choix.

Une fois la backing track lancée, commencez à jouer,
simplement, sans chercher à jouer vite
ni à faire rentrer toutes les notes dans chaque mesure.

Écoutez et appropriez-vous la structure,
tant rythmique que dans l’enchaînement des tensions.

Parallèlement, utilisez un minuteur
qui viendra sonner toutes les 30 ou 60 secondes.

Une fois installé dans le morceau,
restreignez-vous à cinq notes :
celles données ici, ou celles que vous aurez choisies.

Prenez le temps de jouer avec elles.
Voyez comment elles s’articulent.
Quel rôle chacune joue.
Comment ce rôle change selon le placement dans le temps,
sans forcément y mettre des mots.
Prêtez-y simplement attention.

Briller par son absence §

Lorsque vous êtes prêt,
au prochain signal, descendez à quatre notes.

        3     4     5     6     7     8
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |      
Si (B) | --  | --  | MI  | --  | --  | --  |
Sol(G) | --  |  X  | DO  | --  | RÉ  | --  |
Ré (D) | --  | --  | --  | --  | LA  | --  |
La (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |

Limitez-vous à ce cadre restreint
et observez l’impact profond sur ce que vous souhaitez —
et pouvez — exprimer.

Avez-vous appauvri ou renforcé le discours ?
La note qui a disparu, l’entendez-vous toujours ?
Si oui, dans quelle mesure ?

Vous pouvez repasser au niveau précédent
pour mieux observer ce que crée l’absence de la note retirée
si cela reste difficile à percevoir.

Prenez le temps de ressentir ce manque,
mais aussi les possibilités qu’il ouvre.
Réorganisez votre gamme autrement.
Essayez de laisser vides les moments
où vous auriez instinctivement joué cette note.

Lorsque vous estimez avoir fait le tour de la question,
passez à la suite.

La tension monte §

        3     4     5     6     7     8
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |      
Si (B) | --  | --  | MI  | --  | --  | --  |
Sol(G) | --  |  X  | DO  | --  |  X  | --  |
Ré (D) | --  | --  | --  | --  | LA  | --  |
La (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |

Descendez encore d’un cran : trois notes.

À ce stade, la répétition devient un risque.
Mais c’est aussi le moment de se rappeler que rien ne vous interdit
de jouer plusieurs fois la même note,
et que rien ne vous oblige à conserver les mêmes rythmes
ou les mêmes phrasés.

Et pourtant, vous devez — et pouvez — continuer à vous exprimer avec aussi peu.
Votre harmonie est contrainte ;
il vous reste le rythme et l’intention de jeu.

Prenez le temps de résoudre ce problème.
Essayez d’amener de la tension, de la détente,
du suspense ou de la résolution.

Prendre votre temps et ne pas « gaspiller » vos notes
peut s’avérer très utile.

Une fois cette étape comprise…
le plus dur commence.

À cloche-pied §

Passez à deux notes.

        3     4     5     6     7     8
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |      
Si (B) | --  | --  | MI  | --  | --  | --  |
Sol(G) | --  |  X  | DO  | --  |  X  | --  |
Ré (D) | --  | --  | --  | --  |  X  | --  |
La (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |
Mi (A) | --  | --  | --  | --  | --  | --  |

Les choses se complexifient ici.
Comment façonner un discours avec seulement deux options ?

L’erreur serait de croire qu’il ne vous reste
que la « décision » entre l’une et l’autre.
Vous disposez toujours du rythme, de la dynamique,
de l’intention de jeu (attaque, étouffé…),
ou même du silence, comme note « fantôme ».

Vous êtes loin d’être bloqué,
pour peu que vous ne choisissiez pas de l’être.

À ce stade, il va toutefois falloir basculer. Une approche qui pourrait vous aider :
Plutôt que de répartir équitablement les deux notes,
il est souvent plus pertinent d’en choisir une
comme pivot, comme base stable,
et d’utiliser l’autre comme réponse,
conclusion ou exception dans le motif.

Au sommet §

L’ascension ne serait pas complète
sans retirer la dernière note.

Ici, nous effleurons la disparition
de presque toute notion harmonique.

La musique dans sa plus simple expression.

Il va falloir jouer avec le temps,
avec un seul marqueur.
C’est possible — plus que possible.

Un batteur n’y verrait ici aucun problème :
pourquoi pas vous ?

Cela demande cependant de changer
sa manière d’aborder les mesures,
et parfois même l’instrument.

Votre grammaire est désormais très restreinte :
seuls votre placement, votre intonation
et vos silences peuvent guider le discours.

Descendre les marches §

Une fois cet exercice assimilé,
l’intérêt est de le pratiquer avec le minuteur :
descendez, puis remontez, à chaque signal.

Le but n’est pas la vitesse,
mais de se sentir à l’aise à chaque étape.

Un bon signe de progrès — sans être exclusif ni obligatoire —
est de vous surprendre à jouer quatre notes
alors que cinq sont autorisées,
ou à en économiser certaines
pour construire vos motifs avec très peu.

Cet exercice supporte énormément de variantes :
changez les notes de départ et recommencez ;
changez de style de musique, et repartez ;
ajoutez une note hors gamme
et tentez de limiter les dégâts,
voire de réussir à l’intégrer ;
reprenez les mêmes notes
sur une autre position du manche…

Toujours avec cette question en arrière-plan :

Suis-je capable de jouer quelque chose de cohérent
avec un minimum de notes ?

Si ce n’est pas le cas,
ajouter des notes ne vous aidera pas autant
que cela ne vous désorientera.

Pourquoi ? §

Un morceau, un solo,
ou même une improvisation libre,
c’est avant tout tenir un propos.

Avoir plus de mots
ne signifie pas nécessairement
être plus compréhensible,
ni même avoir quelque chose à dire.

Avant de jouer quelque chose de beau,
de fort ou d’impressionnant,
le premier objectif reste de jouer quelque chose
qui se tienne
et qui se comprenne.

Un message simple et limpide
est souvent le moyen le plus direct
de toucher
et de se faire comprendre.

Cette routine est aussi une excellente manière de s’approprier la vision RIH. En réduisant volontairement les dimensions du jeu, on apprend à mieux les ressentir, pour ensuite les exploiter pleinement.