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l’école du loup, ou du loupé

Cours · 05

Gérer son micro

~20 min de lecturerévisé le 2026-10-31
Dans ce chapitre

Nous avons beaucoup parlé d’enregistrement, prenons un moment pour parler de la captation du signal. Nous avons vu la pièce. Reste le maillon entre la pièce et votre carte son : le micro. Il existe beaucoup de types de micros, tous pour des situations différentes.

Les types de micro §

Tous les microphones ne captent pas le même type de signal. Techniquement, seuls les dispositifs qui captent les vibrations de l’air devraient s’appeler microphones, mais étant donné que par abus de langage nous utilisons ce mot pour tout dispositif nous permettant de capter un son, j’appellerai ici micro, sans distinction, les capteurs d’une guitare aussi.

Acoustique : capter l’air §

Les micros dynamiques (à bobine) : Une membrane attachée à une bobine, qui bouge dans un aimant. La vibration de l’air devient directement un courant. Modèles connus : le Shure SM58 pour la voix, le SM57 pour les instruments et les amplis (c’est presque le même micro, la grille change). Leurs avantages : ils résistent à tout (chutes, humidité, bière), ils encaissent des niveaux très forts, et ils sont peu sensibles au larsenLe sifflement qui monte tout seul : le micro capte l’enceinte, qui renvoie le son au micro, qui le renvoie à l’enceinte… Tournez le dos du micro vers l’enceinte, ou baissez le volume, et il s’arrête. et à ce qui se passe loin d’eux. C’est le micro de scène. Leurs défauts : ils sont peu sensibles, il faut donc pousser le gain du préampliL’étage qui monte le signal faible d’un micro jusqu’à un niveau utilisable : c’est le bouton de gain de votre carte son. Un SM58 sur une voix calme demande souvent les trois quarts de la course., et le souffle monte avec (rapport signal/bruitL’écart entre votre son et le souffle qui traîne en dessous : celui de la pièce, du micro, de la carte. Si vous enregistrez trop bas puis montez le volume au mixage, le souffle monte avec le son.). Leur spectre est arrondi dans l’aigu, et ils manquent de finesse sur une source douce (une voix murmurée, une guitare folk aux doigts).

Les micros à condensateur (statiques) : La membrane est ici une feuille très fine, chargée électriquement, qui bouge devant une plaque fixe. Il lui faut une alimentation : c’est l’alimentation fantômeLe courant (48 V) que la carte son envoie au micro par le câble XLR lui-même. Un micro statique sans elle ne sort aucun son : c’est le bouton « 48V »., 48 V, le bouton “48V” de votre carte son. Très utilisés en studio, car très sensibles : ils captent le détail, l’attaqueLe début d’une note : un piano attaque net, un violon à l’archet monte progressivement., l’air. C’est aussi leur défaut : ils captent tout, la pièce, le voisin, le frigo. Avec un condensateur, le chapitre précédent n’est plus une option. Ils sont fragiles (humidité, chocs), et saturent sur une source très forte (certains ont un bouton “pad” à -10 dB pour cela). Modèles connus : Audio-Technica AT2020 ou Rode NT1 pour débuter, Neumann U87 comme référence de studio (celui des photos, que vous n’achèterez pas tout de suite).

Le ruban, aparté rapide : Un ruban d’aluminium très fin tendu dans un champ magnétique. Son très doux, grave riche, aigu adouci : le micro des cuivres, des amplis et des voix “vintage”. Mais : très fragile (un souffle d’air peut déformer le ruban), un niveau de sortie très faible qui demande un préampli costaud et propre, et sur certains anciens modèles l’alimentation fantôme peut le griller. Je le déconseille comme premier micro sans projet précis.

Magnétique : capter la corde §

Principe général : un aimant et une bobine de fil de cuivre sous les cordes. La corde métallique vibre dans le champ de l’aimant, ce qui crée un courant dans la bobine. Pas d’air là-dedans : le micro ne capte que la corde (d’où le silence d’une guitare électrique débranchée). Intérêt : aucune pièce à gérer, et un son qui n’existe que par ce micro.

Simple bobinage (single coil) : une seule bobine. Son clair, claquant, riche en aigus, avec un creux dans le médium : c’est le son des Stratocaster et Telecaster, et pour moi le son du funk, où l’on cherche un son sec et précis qui se place entre la basse et le clavier. Son défaut : la bobine est une antenne. Elle capte les néons, les transformateurs, et surtout le courant du secteur, à 50 Hz (fréquenceLe nombre de vibrations par seconde, en hertz (Hz). Le La de référence : 440 Hz ; le La une octave au-dessus : 880 Hz.) et ses harmoniquesUne vibration plus aiguë qui accompagne toute note, à 2, 3, 4… fois sa fréquence. Pour un La à 110 Hz : 220, 330, 440 Hz… (100 Hz, 150 Hz…). Ce ronflement, vous l’avez déjà entendu.

Double bobinage (humbucker) : deux bobines côte à côte, câblées en opposition de phase, avec des aimants de polarité inverse. Le ronflement, identique dans les deux bobines, s’annule. La corde, vue “à l’envers” par chacune, s’additionne. D’où le nom : hum (ronflement), bucker (qui s’en débarrasse). Résultat : plus de niveau, plus de médium, moins d’aigu, moins de bruit. C’est le son d’une Les Paul.

Micro actif : un micro (souvent double) avec un préampli intégré, alimenté par une pile 9 V logée dans la guitare. Niveau de sortie fort et constant, très peu de bruit, son très “propre”, parfois jugé froid. Les EMG en sont la référence. Pensez à la pile.

Par contact : capter le bois §

Le piézoélectrique : un cristal (ou une céramique) qui produit une tension quand on le déforme. Glissé sous le sillet d’une guitare folk ou collé sur la table d’un violon, il capte la vibration de l’instrument lui-même, pas l’air. Intérêt : ni pièce ni larsen. C’est ce qu’il y a dans presque toutes les guitares “électro-acoustiques”. Défaut : un son piquant dans l’aigu, souvent qualifié de “plastique”, et pas d’ambiance du tout. Il lui faut un préampli d’entrée à très haute impédanceLa « résistance » d’une entrée au signal qu’on y branche. Un piézo branché sur une entrée micro classique perd son grave et sonne nasillard ; sur l’entrée « Hi-Z » ou « instrument », il retrouve son corps. (celui de la guitare, ou une boîte de direct), sinon il perd tout son grave.

Cinq micros côte à côte, et ce que chacun entend : le dynamique, la voix qui arrive tout près ; le statique, des ondes venues de toute la pièce, de la voix, des murs, de l'horloge, de la fenêtre ; le ruban, des ondes par l'avant et par l'arrière ; le micro magnétique, les lignes de champ autour des cordes, sans air ; le piézo, la vibration du bois sous le chevalet.

Directivité et subtilités §

Revenons aux micros acoustiques, et à la directivitéD’où le micro capte le son. Un micro cardioïde entend surtout ce qui est devant lui : la guitare en face, beaucoup moins l’ordinateur derrière. laissée de côté au chapitre précédent. Un micro n’entend pas pareil dans toutes les directions :

  • Omnidirectionnel : tout autour de lui, pareil.
  • Cardioïde : devant, beaucoup moins sur les côtés, presque rien derrière (un cœur, d’où le nom). C’est le cas du SM58 et de la plupart des condensateurs.
  • Figure en 8 : devant et derrière, rien sur les côtés. C’est le cas du ruban.
  • Canon : un long tube qui n’entend presque que ce qu’il vise, comme un faisceau. C’est le micro au bout de la perche, au cinéma ou en reportage. Utile pour capter une voix de loin sans entendre la rue ; en musique chez soi, vous n’en aurez pas besoin.

Quatre micros vus de dessus, chacun dans la zone où il entend : un cercle pour l'omnidirectionnel, un cœur pour le cardioïde, deux lobes devant et derrière pour la figure en 8, un faisceau long et étroit pour le canon.

Chaque forme a son usage :

Sur scène, un chanteur devant un micro cardioïde. La zone en cœur part du micro et l'entoure ; le retour posé sur la scène est derrière le micro, hors du cœur, là où le micro n'entend presque rien.

Une jam dans un salon, cinq musiciens en cercle. Un seul micro omnidirectionnel au milieu, sa zone ronde les atteint tous.

Deux chanteurs face à face, un micro à ruban entre eux. Chaque lobe du 8 va vers une bouche.

Un tournage dans la rue : le perchman tient le micro canon au-dessus de l'acteur. Le faisceau va droit à sa bouche ; le scooter, le chien et le pigeon restent dehors.

Le cardioïde sur scène, l’omni au milieu d’une jam, le 8 entre deux voix, le canon au bout de la perche.

Pourquoi cela compte ? Parce que la pièce arrive de partout. À distance égale, un cardioïde entend donc moins la pièce qu’un omni. Et ce que le micro a dans le dos, il ne l’entend pas : tournez son dos vers l’ordinateur, vers la porte.

L’effet de proximité : Avec un cardioïde (pas avec un omni), plus la source est proche, plus le grave monte. À 2 cm d’un SM58 une voix prend un grave de présentateur radio, à 30 cm elle redevient fine. Ce n’est ni bien ni mal, c’est un réglage. Mais un réglage qui bouge à chaque mouvement de tête. D’où l’importance du positionnement.

La compression naturelle de la distance : Collé au micro, le moindre recul change le niveau : passer de 2 cm à 4 cm, c’est déjà -6 dB. À 20 cm, le même recul ne s’entend plus. Dans l’autre sens, la distance devient un compresseur à la main : chantez fort, reculez ; murmurez, approchez. Les écarts entre vos notes douces et vos notes fortes se resserrent, sans aucun outil (dynamiqueLe volume d’une note par rapport aux autres : fort, doux, et le passage de l’un à l’autre. Au mixage, l’écart entre le plus fort et le plus faible d’un enregistrement.). (La compression, la vraie, aura son chapitre : nous verrons plus tard ce que fait un compresseur et comment le régler. Retenez pour l’instant que votre distance au micro en fait déjà une partie.)

Désaxage et filtre anti-pop : Les “p”, “b” (plosives) envoient un jet d’air directement dans la membrane. Les “s”, “ch” (sifflantes) sifflent fort dans l’aigu, et l’aigu part tout droit de la bouche. Deux parades, qui ne coûtent rien :

  • Tourner légèrement le micro hors de l’axe de la bouche, de 15 à 30 degrés, ou chanter un peu au-dessus. Le jet d’air et une partie du sifflement passent à côté, la voix reste.
  • Un filtre anti-pop entre vous et le micro, pour les plosives (un collant tendu sur un cintre, ça marche aussi).

Placer un micro devant un ampli guitare : Le classique : un SM57 contre la grille de l’ampli, ou à quelques centimètres. Là où il pointe change tout : au centre du haut-parleur, le son est brillant, agressif ; vers le bord du cône, plus sombre, plus rond. Entre les deux, il y a votre son. Déplacez-le de 2 cm et réécoutez, c’est plus efficace que n’importe quel EQ.

Capter un instrument §

Prenons la guitare folk, qui résume le problème. Le piézo seul capte le bois, propre, sans larsen. Mais il manque l’ambiance, l’air, la caisse qui respire : le son est sec, “pincé”, vous ne le reconnaissez pas. Le micro acoustique capte tout cela. Mais il capte aussi la pièce, et nous avons vu dans « Capter ce qu’on peut » que la pièce est le premier problème. Un micro dans une pièce non traitée, c’est le son de la pièce avec une guitare dedans. Il n’y a pas de bonne réponse, il y a un compromis : souvent un mélange des deux, le piézo pour la stabilité, le micro pour l’air. Ou l’un ou l’autre : scène bruyante, piézo ; chambre calme, micro.

Par où commencer §

Quelques repères, selon le projet :

  • Chant en répétition, sur scène : un dynamique cardioïde type SM58. Il pardonne tout, la pièce comprise.
  • Chant chez soi, parole, podcast, voix off : un condensateur grand diaphragme d’entrée de gamme (AT2020, NT1), un filtre anti-pop et la couverture derrière vous. Si la pièce est vraiment mauvaise, un dynamique restera meilleur qu’un condensateur qui entend tout.
  • Guitare folk : son piézo si elle en a un, puis un petit condensateur à 30 cm, pointé vers la douzième case, pas vers la rosace (trop de grave).
  • Ampli guitare : le SM57, et vos deux centimètres.
  • Guitare électrique chez vous : le direct dans l’interface, avec une simulation d’ampli. Le micro vient après.

Un seul micro suffit pour commencer. Le deuxième viendra quand vous saurez ce qui manque au premier.

Rappel §

Quelques conseils, quel que soit le micro :

  • Écoutez au casque pendant la prise, pas après. Un bruit entendu tout de suite se règle en dix secondes, entendu le lendemain il est dans la prise.
  • Quand le son vous plaît, notez la distance, l’angle et le gain. La semaine prochaine, vous ne vous en souviendrez pas.
  • Branchez et débranchez avec le 48V coupé, et le volume baissé.

Un micro à 1000 euros ne vous fera pas chanter juste et ne corrigera pas une pièce, il pourrait même bien empirer le problème.

Un micro de studio en or, hors de prix, posé sur un guéridon doré et un coussin de velours. Le chanteur, yeux fermés, y met tout son cœur. Autour, la pièce est en plein chantier : un marteau-piqueur, une perceuse dans le mur, une bétonnière, une machine à laver qui tremble, un chien qui aboie, un camion qui klaxonne par la fenêtre.